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DSC 0010 2Témoignage de sœur Marie-Laure, qui a pu visiter l’établissement scolaire de l’Assomption implanté à Vilnius, capitale de la Lituanie, où la pédagogie envisagée par sainte Marie-Eugénie, notre fondatrice, met un point d’honneur à ne laisser personne en arrière.

« L’école de l’Assomption à Vilnius comprend 594 élèves, dont 94 porteurs de handicap – 8 ou 10 sont concernés par un handicap mental, les autres par des troubles de l’attention, certains sont autistes Asperger, porteurs de déficiences physiques, visuelles, auditives…

Le système de la Lituanie est organisé complètement différemment du nôtre, parce que ces élèves sont vraiment en situation d’inclusion. L’école inclusive, on en parle beaucoup, et je trouve que c’est très intéressant : ils ne sont pas seulement « intégrés », mais vraiment inclus. Ils passent donc des examens comme les autres tout en recevant l’attention nécessaire à leur adaptation. Un enfant suit toujours les cours dans une classe comme les autres, mais il pourra assister à sa séance d’orthophonie à la place d’un cours plutôt que d’y aller en rentrant chez lui. Les enfants qui ont des limites en sport ont cours en même temps que les autres, mais dans une salle de sport adaptée pour les exercices de motricité, etc., et il y a des assistants d’éducation qui sont complètement différents de nos AVS en France. Ce qui veut dire qu’ils préparent le programme avec le professeur et ils s’occupent exclusivement de l’élève qui leur est confié.

 

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C’était mon second séjour. Je suis allée une première fois pour me former et la deuxième, je faisais partie de l’équipe d’animation. On passe deux demi-journées dans la classe et on regarde comment fonctionne le professeur. Cela peut passer par donner un travail grossi à un élève quand il est malvoyant, coder quand l’enfant est malentendant donc tout est adapté ; c’est un choix de l’équipe éducative. En Lituanie, les professeurs sont payés par l’école, c’est donc l’école qui choisit ses professeurs, qui sont aux 35 heures. Ce qui m’a impressionnée, c’est que dans cette école, il n’y a pas de salle d’étude. Quand un professeur est absent, ils font appel à un enseignant d’une autre matière qui doit des heures. Et puis, ce que je trouve remarquable est qu’ils n’ont pas de cour de récréation, parce que c’est très petit. Les récréations se passent dans le couloir pendant 10 minutes ; il peut y avoir une salle de primaire à côté d’une salle de lycée ou collège et les élèves se régulent entre eux ; le prof n’est pas dans la classe le temps de la cantine. Ils sont complètement autonomes.

 

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Cela m’a impressionnée parce que ça se passe très bien, c’est très paisible. Il y a des bancs dans les couloirs de l’école (réalisés à l’aide de palettes en atelier de technologie). La manière dont ils s’entraident est remarquable, tout comme leur utilisation du téléphone portable. Nous, on en a beaucoup parlé en France avec le portable qui va bientôt être interdit, alors que eux, dans les couloirs, dans les pauses, ils ont leur portable, ils peuvent jouer, ils ont leur connexion mais je les ai vus aussi discuter, chanter, rire. Et en classe, le portable est utilisé comme outil pédagogique. Comme ils en ont tous, le professeur dit : « On va faire telle recherche. » Alors les élèves sortent leur portable ou leur tablette à ce moment-là ; ils font la recherche et puis le portable retourne dans le casier et le cours continue. Les professeurs estiment qu’ils n’ont pas le droit d’interdire pour interdire. Je pense qu’ils sont très en avance par rapport aux méthodes éducatives. C’est un choix de l’établissement scolaire ; c’est un choix, aussi, pour les parents de faire vivre ensemble des enfants porteurs de handicap et de non-handicapés.

 

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Voici une belle histoire qui m’a touchée. Celle d’un jeune qui se trouve très handicapé car il lui manque, entre autres, un avant-bras. Il va finir son bac avant d’aller en Allemagne suivre des études d’économie. Et ce jeune-là, il chante parfaitement, en français, en anglais, en lituanien ; il fait des shows à l’occasion. Quand il est arrivé dans cette école, il était un peu malmené par sa famille qui considérait que, par son handicap, c’était un enfant « raté » parce qu’il n’était pas « fini » au niveau de ses membres abîmés. Il n’était pas maltraité, mais on ne prenait pas soin de lui. Ses parents ont choisi de le mettre dans cette école et un jour un professeur a détecté qu’il avait quelque chose de très beau et de très juste au niveau de sa voix et qu’on pourrait l’emmener plus loin. Donc le professeur l’a pris en charge, fait chanter, et a dit à sa famille : « Emilis a des qualités. » La famille n’a pas réagi. D’autres professeurs se sont joints à la cause et lui ont donné des cours de musique de très bon niveau. Lors des concerts, des soirées organisées, les parents n’allaient pas le chercher car ils ne croyaient pas que leur fils pouvait faire quelque chose de bon. Ce sont donc les professeurs, parfois la directrice elle-même, qui le ramenaient chez ses parents parce qu’ils n’accordaient pas d’attention à ce don. La dernière fois, il nous a chanté Le Temps des cathédrales (de la comédie musicale Notre-Dame de Paris), et d’autres classiques français : Brel, Brassens, Johnny Hallyday... Il nous a parlé en français et nous avons vu le regard d’admiration de sa maman qui était d’une fierté incroyable. Elle est maintenant son chauffeur, l’accompagnant partout où il a besoin d’aller. Elle le laisse même partir alors qu’il a des problèmes de santé. Parce qu’un professeur a repéré en lui quelque chose de beau et de bon, qu’il lui a fait confiance, l’enfant a pu aller beaucoup plus loin, et à un moment, on lui a beaucoup dit : « Tu peux vraiment en faire ton métier. » Et lui répondait que ça ne l’intéressait pas, qu’il aurait aimé être chanteur ou danseur d’opéra mais qu’il avait mûri son projet, disant : « Je suis handicapé, je n’ai pas la santé physique et je renonce à ce projet, donc je garde le fait de pouvoir chanter pour me faire plaisir et faire plaisir aux autres, de pouvoir me cultiver, mais ça ne sera pas mon métier. » J’aime cette histoire parce qu’il y a plein de paramètres importants. Quelqu’un l’a repéré, quelqu’un lui a fait confiance, quelqu’un l’a emmené plus loin, suppléé en quelque sorte à ses parents pour leur prouver que malgré sa différence, il a quelque chose de bon en lui. Cela montre qu’à l’Assomption, on rejoint le jeune là où il en est, pour faire un peu de chemin avec lui, et pour l’emmener un peu plus loin en faisant route avec lui.

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De mon côté, j’ai découvert ça à l’Arche, parce que j’ai travaillé 7 ans dans un foyer, à mi-temps avec des personnes porteuses de handicap et j’ai toujours été sensible à la différence, persuadée que quelqu’un de différent a une richesse à partager. Son « moins » peut être un « plus » pour moi. Alors c’est sûr, il faut l’apprivoiser. Quand j’ai animé la session à Vilnius avec les professeurs, le matin, pour les lancements de journée et les temps spirituels, je me suis toujours appuyée sur la rencontre entre le Petit Prince et le Renard. Parce que le Petit Prince, il veut aller très, très vite, il veut tout de suite un ami, et le Renard, il est loin de tout ça parce qu’il ne le connaît pas. Et qu’il a aussi eu de mauvaises expériences avec des hommes, la peur, « les chasseurs ».  Le Renard a besoin d’un temps d’apprivoisement, de rencontre personnelle. Donc je pense qu’on peut faire route ensemble, mais qu’il faut du temps pour se connaître, il faut du temps pour se découvrir et apprécier l’autre à sa juste valeur : même d’amitié, il faut du temps pour aimer. J’aime bien dire : rencontrer, c’est aussi se laisser rencontrer. Comment je rencontre les autres ? Quelle est ma disponibilité de cœur, d’esprit ? Par qui est-ce que je me laisse rencontrer (Dieu, ceux qui ne me menacent pas) ? Par qui aussi je ne me laisse pas rencontrer et pourquoi ? Je crois beaucoup à la rencontre et à l'accueil de la différence que peut nous apporter l’autre, de la richesse en plus.

Un rituel de l’Arche m’a marquée et je le partage le plus souvent possible. À chaque anniversaire, à la fin du repas, la bougie passe de mains en mains et chacun est invité à dire à la personne fêtée pourquoi il ou elle est importante pour le foyer, qu’est-ce que l’on aime en elle, qu’est-ce qu’elle a de spécial pour le groupe. C’est un vrai temps de grâce de reconnaître l’autre dans le côté du bon et du beau. Se glisse aussi parfois : « C’est difficile, mais je t’aime bien. »

 

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Dans une autre perspective, dans nos communautés, nous avons fait le même choix. Dans la vie religieuse, nous avons choisi le Christ, nous avons choisi de nous donner complètement à Dieu, et en même temps, nous sommes tellement différentes, de par notre éducation, de par notre histoire et notre formation, de par nos blessures. Cette différence est une richesse parce que si nous étions toutes les mêmes et que nous nous avions dû nous choisir, je ne serais pas entrée à l’Assomption… D’ailleurs, si tout le monde se choisissait, cela ressemblerait plus à un « club Med » qu’à une communauté religieuse qui répond par amour à un appel. On serait entre « copines »… Alors que notre vie, telle qu’elle est, est comme l’eau sur les cailloux qui s’érodent pour mieux se joindre. Et même se rejoindre dans le quotidien d’une vie donnée.

 

 

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