Comment mieux nous montrer solidaires dans le monde d'aujourd'hui ? Cette question a été l'objet du week-end organisé les 8, 9 et 10 décembre 2017 à Lyon, lors de la Fête des Lumières dédiée à Marie. Ensemble, grâce à des mises en situation favorisant l'ouverture par l'expérience des ateliers, les échanges en groupe mêlés aux conférences sur le thème de la solidarité, les jeunes ont pu s'enrichir mutuellement et repenser ce qu'est le don véritable, à quelle dimension placer l'échange dans leurs vies.

Incarner l'idéal de la solidarité, de l'amour inconditionnel, sans se laisser dépasser par les idées reçues sur le don. Cela demande une véritable relecture de sa vie, de sa perception du monde et des autres, et un recul important sur l'éduction que nous avons reçue à propos du fait d'être utile, efficace... et gentil. 

Nous pouvons faire beaucoup, mais, comme l'a rappelé soeur Claire, si la solidarité ne nous transforme pas, nous restons dans la bienfaisance. Dans le faire, dans le mental, dans une conditionnalité dont on n'a pas toujours conscience. La lumière apportée par les AMA (jeunes partis le temps de quelques mois dans une communauté de l'Assomption à l'étranger pour y réaliser des missions d'entraide) a été une nourriture inestimable à la réflexion menée ensemble. La déstabilisation face à une autre culture, une autre manière de faire, les a renvoyés à leur propre impuissance à donner avec la seule intention qu'ils avaient apportée avec eux. Le sentiment d'être inutile, dépassé par la réalité du terrain, la barrière de la langue, les a sortis de leur zone de confort, les a poussés à lâcher prise.

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Chacun a eu ce déséquilibre qui a provoqué la remise en question. Pour s'adapter, pour embrasser le présent, ils ont dû laisser derrière eux ce qu'ils savaient du don, ils ont abandonné leur vision première, fruit de leur éducation, de la singularité de leur parcours. Pour aller à la rencontre de l'autre, ils ont abaissé les barrières, ils se sont laissé surprendre. Ils ont abandonné l'idée d'être efficace, la pression du faire, ils ont accepté le douloureux sentiment d'être inutile, et se sont laissé être. Alors tout a pu commencer, tout s'est ouvert en eux. Les personnes, adultes et enfants, qui les entouraient les avaient déjà reconnus pour frères, comment étant part de l'humanité que nous formons tous. En lâchant prise, ils ont profondément ancré en eux que le partage est avant tout une affaire d'abandon au présent, une adaptation à ce qui est. Et une bienveillance envers eux-mêmes. Nécessaire pour que la solidarité ait lieu. Se reconnaître dans le miroir tendu par l'autre, louvoyer entre les obstacles nés des idées reçues qui nous freinent. Etre et non faire, nos intentions nous coupent de l'autre et de nous-mêmes. Etre, c'est incarner la spontanéité, la tendresse de Dieu qui peut ainsi rayonner d'un coeur à l'autre dans la joie.

Au fond, il ne s'agit pas de faire de grandes choses, de partir loin pour aider et donner un sens à sa vie. Les AMA ont pu mettre cela en pratique à leur retour en France, dans leurs vies qui ont trouvé une nouvelle nuance à l'aune de cette expérience transformatrice. Tout est dans la conscience de l'instant présent et, comme l'a remarqué de si belle manière soeur Anne-Bernard en évoquant ses 45 années passées dans les communautés de l'Assomption en Afrique, il s'agit de s'adapter au monde tel qu'il est tout en restant soi-même, et d'être au plus près des personnes pour les aider là où elles en sont. 

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Les ateliers ont permis à chacun de s'impliquer personnellement dans cette interrogation partagée. A propos de ce qui change lorsque qu'on est touché, lorsqu'on se laisse aller. Dessiner un avant et un après autour de la rencontre du bon Samaritain et de la personne en souffrance était une opportunité d'introspection, de laisser cours à l'imagination pour laisser parler en soi ce que l'empathie, la fraternité ont apporté de chaleur dans la solitude du quotidien nourrie par les idées qui nous tiennent en retrait.

Se trouver deux à deux et se regarder dans les yeux en silence pendant quatre minutes, comme lors de l'expérience dont nous vous montrons la vidéo plus bas, répondre à des questions personnelles à une personne qui nous est inconnue de façon joyeuse et spontanée, tout cela concourt à bouleverser nos habitudes dans l'échange, endiguées par la peur de perdre, de ne pas être aimé, de ne pas être à la hauteur. Cela nous met face à nos mécanismes de protection qui nous font passer à côté de la simplicité d'être, et de la joie qui l'accompagne. Les différences sont un voile facilement oublié lorsqu'on se connecte de coeur à coeur.

 

Où se trouve la grâce, où s'arrête le pouvoir de nos réflexions et de nos idées sur les choses. Comment laisser Dieu témoigner son amour des êtres en le laissant faire comme l'eau qui sourd de la terre. Tout est dans l'acceptation à se laisser bousculer par les circonstances, à se reconnaître dans un sourire ou une blessure, à trouver son reflet le plus profond, le plus fragile dans le miroir tendu par l'autre. Alors les coeurs s'ouvrent en se laissant toucher, et des guérisons de l'âme peuvent avoir lieu. Passer d'un "j'analyse la situation avant d'agir" à un "je te vois et te reconnais comme frère". Un pas de côté permettant la véritable rencontre.

Sainte Marie Eugénie aura été présente dans l'esprit de ce week-end, elle qui incarnait cette vive intelligence du coeur et de l'action au service des pauvres en toute simplicité, avec persévérance et force de conviction. "Oeuvrer pour la solidarité entre les peuples passe par un engagement concret", le rappelait à juste titre soeur Anne-Bernard. Il est avant tout par un engagement envers soi-même, pour y puiser la force d'avancer sans se laisser déborder par ce qui nous échappe. La foi est un moteur irremplaçable, car il porte dans la joie et efface les peines du découragement, et une relecture régulière sur soi-même permet de s'adapter aux besoins du moment. Tout est question de conscience et de recul, d'ouverture et d'acceptation de la différence, et du changement.  

L'humain est né avec une défaillance, un besoin qui le pousse à l'interdépendance. Si nous le reconnaissons en chacun de nous, si nous l'acceptons en l'autre, alors nous pouvons véritablement partager. La solidarité n'est pas une bonne action, elle est un art de vivre, un amour de soi sans lequel nous ne pourrions nous laisser toucher par l'oiseau blessé du besoin de l'autre qui nous parle de notre condition humaine par sa singularité, ce qui pourrait l'éloigner de nous. 

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Voici le témoignage de Raphaëlle, auteure de la belle photo ci-dessus et d'une grande partie du diaporama, à propos de ce week-end :

"Un petit temps de pause pour réfléchir, prier, sourire, méditer. La solidarité ? Un bien grand mot... Etre avec ? Etre pour ? Etre à côté ? Bienveillance, solidarité, empathie, fraternité, on peut bien l'appeler comme on veut après tout. Et si, au fond, le défi c'était d'accepter de naître, d'accepter d'être, seulement être, pour mieux accueillir ces autres, ces êtres qui nous entourent... ? Voilà ce que je j'aurais envie d'en retenir, de cette petite journée partagée."

 

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