"Continuant le geste du Christ Serviteur, au nom de notre humanité commune, nous voulons nous laisser atteindre par les situations de détresse que vivent tant de nos contemporains : nous rendre proches, nous laisser transformer par eux et être acteurs avec eux pour l’avènement d’un monde juste et solidaire."  (Religieuses de l’Assomption, Projet de le Province de France 2016-2018) 

sr Anne BernardSoeur Anne-Bernard a passé 45 années dans différentes communautés de l'Assomption en Afrique de l'Ouest et Afrique centrale. Pour elle, la solidarité est un "idéal d'incarnation". Etre "envoyée par Jésus-Christ dans un peuple qui n'est pas le mien mais qui est devenu le mien". Son quotidien lui a permis d'expérimenter cette phrase de l'Evangile : "Mangez ce que l'on vous donnera". On se laisse nourrir par ce que nous apporte l'instant présent après avoir dépassé la barrière du questionnement et des préjugés qui nous écartent des autres. Le coeur grand ouvert face à des manières d'agir et penser qui diffèrent des nôtres, "on peut comprendre, saisir beaucoup de réactions". Le rapport au deuil est un aspect qui l'a profondément marquée. Quand dans nos cultures européennes nous serrons les personnes éplorées dans nos bras, nous leur parlons, il s'agissait là-bas d'accompagner en silence. D'essuyer les larmes en passant symboliquement la main sur leur visage, comme une caresse. De les laisser danser, et pleurer.

Parmi ses missions lors de ce presque demi-siècle en terres africaines, soeur Anne-Bernard s'est occupée des jeunes en échec scolaire. La solidarité était alors de "redonner confiance à ces jeunes, confiance en leurs dons", afin qu'ils puissent abattre les murs les empêchant de trouver leur place dans la société, dans leur vie. Touchée, elle se souvient d'une jeune fille de 16 ans atteinte de poliomyélite, qui ne pouvait marcher et voyait ses perspectives d'avenir terriblement réduites. Avec les soeurs, qui l'ont conduite à l'opération et à la rééducation jusqu'à ce qu'elle puisse se servir de ses béquilles, elle et sa famille ont pu prendre conscience des possibles auxquels ils s'étaient fermés par la fatalité de cette maladie. Quelques années plus tard, devenue mère, la jeune femme menait sa vie, s'était construite. 

De retour en France en 2009, soeur Anne-Bernard a continué son action. Aide scolaire, accompagnement des migrants, cours d'alphabétisation. "Etre au plus près des personnes pour les aider là où elles en sont." Elle considère qu'"oeuvrer pour la justice entre les peuples passe par un engagement concret". Un engagement qui va évoluer au fil du temps et de nos expériences, qui va gagner en nuances car nos jugements se modifient et nous portent autrement. "S'adapter au monde tel qu'il est. Rester soi-même en entrant dans la culture de l'autre, dans le sens profond de ce qui est vécu pour le comprendre sans le juger."

 

 Soeur Françoise, de la communauté de Bordeaux, nous parle de son action au sein de la Maison de Marie.

 

Soeur Catherine et soeur Myriam (Lyon - La Guille) font partie de l'association Coup de Pouce Université (CPU), offrant des cours de français aux étudiants étrangers.

 

Maraudes dans les rues de Paris

Soeur Christine BertouxDepuis le mois de juin 2017, Soeur Christine Bertoux fait partie du groupe "Maraudes" de la paroisse Saint Honoré d'Eylau, à Paris, dans le XVIe arrondissement. Christine nous donne son témoignage.

Comment en es-tu arrivée à faire cette démarche ? 

J'étais à la messe de 11 h à l'église Saint-Honoré-d'Eylau, où je me rends chaque dimanche. A la fin de la messe, le prêtre informait l'assemblée de la distribution de tracts pour ceux et celles qui seraient intéressés de rejoindre le groupe des "maraudes". Je me suis sentie appelée à répondre à cette invistation. La semaine suivante était programmée la première réunion pour les nouveaux "maraudeurs". Je m'y suis rendue.

Comment se déroulent les maraudes ?

Elles ont lieu le mardi, par équipes constituées de trois bénévoles. Nous nous réunissons à 20 h dans la salle de la paroisse. Nous préparons un thermos de café et un autre de thé. Les soeurs de Bethléem, dont le monastère est place Victor Hugo, préparent de leur côté deux thermos de soupe, ainsi que des sachets de madeleines.

Pour nous préparons aussi gobelets, cuillères, sucre, sel, et tout cela dans nos sacs à dos, et en route pour la grande rencontre avec les SDF du secteur. Nous sillonnons au moins 6 à 7 km dans la soirée. S'il n'y a pas de problèmes, nous sommes de retour à la paroisse vers 22 h afin de laver le matériel et remettre les affaires à leur place.

Nous sommes les "maraudeurs de terrain". Je veux dire par là que nous rencontrons les personnes, échangeons avec elles et leur demandons ce dont elles ont besoin comme vêtements, voire aussi de soins. Si c'est le cas, nous contactons les responsables des maraudes, qui eux préviennent des acteurs professionnels en charge de la solidarité au niveau municipal, social, associatif et qui se déplacent auprès de ces personnes qui vivent dans la rue.

Que retires-tu de cette expérience ?

Cette expérience me fait réfléchir. Oui, les pauvres nous évangélisent. Ce que nous avons vu avec mon groupe, c'est que nous étions heureux de le faire et que cette joie a été forte.

Nous avons remarqué aussi que les personnes rencontrées ne demandent que ce qui leur est nécessaire, elles n'accumulent pas ce que nous leur proposons, ne font pas de réserves.

Parfois, les personnes, voyant ma croix de congrégation, me montrent la leur, et leurs médailles ; il y en a qui en ont beaucoup ! Un jour, j'ai demandé à l'une d'entre elles si elle n'était pas trop seule, et elle m'a répondu en me montrant sa croix : " Il est toujours avec moi !"

Une autre fois, son ami avait des ulcères à l'estomac et n'était pas bien, il me dit en me montrant aussi la croix : "Lui, il a eu l'ulcère de l'humanité."

Voilà trois maraudes que j'ai faites, cela m'a fait beaucoup réfléchir : ma relation à Dieu, ma relation aux autres, ma relation aux choses... Pour moi, c'est une action de grâce pour tout ce qui m'est offert.

 

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